Rencontres avec les nomades digitaux suisses

Benjamin: nomade digital et spécialiste webmarketing PME

 

« Liberté et créativité »

 

Pour cette seconde interview de nomades digitaux suisses, j’ai choisi de vous présenter Benjamin Spring. Ce Neuchâtelois a tout quitté en juillet 2016 (à l’exception d’une paire de skis laissée chez ses parents) pour partir en Amérique du Sud. Il est rentré en Europe après près de 12 mois, à bord de la Nomad Cruise, avec une nouvelle philosophie de vie et de nouveaux projets professionnels (https://kissmarketing.ch).

 

Interview par auxbonheursnomades.

 

 Q.- Comment as-tu découvert le concept de nomade digital ?

B.- En fait, je connais le concept depuis très longtemps. Depuis 2011. Je cherchais des articles sur la perte de poids. J’ai alors découvert Tim Ferris qui ne parlait pas directement des nomades digitaux, mais plutôt d’une autre façon de travailler : de faire des pauses de deux ou trois mois et de partir, de tirer parti d’Internet. C’est toujours resté dans un coin de ma tête. Je n’étais pas prêt, j’étais au milieu de mes études en Allemagne. Je suis rentré en Suisse. J’ai commencé un Master. Mais le concept est resté avec moi et je n’étais plus capable dentrer dans le monde professionnel. Je me suis dit « ce n’est pas possible: en fait, il y a quelque chose de mieux à côté ».

Q.- Qu’est-ce que le livre de Tim Ferriss t’a révélé à titre personnel ?

B.- En lisant le livre, j’ai compris qu’il y avait une autre façon de travailler. Pourquoi est-ce que l’on devrait travailler 40 ou 45 heures par semaine alors qu’il y a beaucoup de raisons de ne plus le faire aujourd’hui ? C’était ça la révélation pour moi : je peux travailler différemment, voyager ou alors, si un jour j‘ai des enfants, rester travailler à la maison et m’occuper de mes enfants en même temps. En tout cas, travailler différemment.

Q.- C’est cette idée de mener une vie différente, une vie où tout est possible ?

B.- Je dirais que c’est la liberté. Vraiment la liberté.

Q.- Dans ton blog (benjaminspring.blog), la thématique du développement personnel est très présente. Quel lien vois-tu entre le nomadisme digital et ces thèmes ?

B. -Je pense que tout est lié. À une époque, je faisais environ 25 à 30 kg de plus qu’aujourd’hui. J’ai commencé à perdre du poids. J’avais envie de gagner confiance en moi, de tester des choses, d’être plus créatif. Je n’aime pas cette idée selon laquelle il y a d’un côté le monde professionnel et de l’autre le monde personnel. Pour moi tout est lié : le développement personnel ou créer sa boîte, voyager ou être freelance.

Q.- Cette transition vers la vie de nomade digital, elle s’est faite en plusieurs étapes ?

B.- Oui, j’étais en Erasmus en Allemagne quand j’ai lu le livre de Tim Ferriss. Mon Bachelor était pratiquement terminé à ce moment-là. Je m’étais inscrit à un Master à l’Université de Fribourg. J’ai fait une année de Master. Mais pour moi, c’était juste un papier. Je n’apprenais pas vraiment.

Q.- Tu as donc décidé d’apprendre « pour de vrai » et de te former. Comment ?

B.- D’abord, j’ai repris mon ancien job d’étudiant en tant que comptable junior dans une fiduciaire, mais à temps partiel et avec des horaires relativement libres. Je travaillais entre 60 et 70%. À côté de cela, je pouvais faire ce que je voulais. Je me suis formé, j’ai testé des choses. J’ai beaucoup appris sur tout ce qui était marketing, Internet, etc. Par contre, dans ma mentalité à cette époque, je ne voulais apprendre que pour gagner de l’argent. Je n’avais pas compris la problématique de base : pour gagner de l’argent il faut aider quelqu’un, résoudre un problème ou vendre quelque chose qui a de la valeur. J’ai appris des techniques, mais l’état d’esprit était complètement faux. C’est pour ça que j’ai fait très peu de progrès. Je gagnais quelques centaines de francs pendant quelque mois par-ci par-là.

 

 Q.- Et les techniques que tu as évoquées, tu les as acquises en ligne ?

B.- J’ai suivi des blogueurs, des cours et des forums.

     Q.- Parmi ces influenceurs, y en a-t-il eu quelques-uns en particulier ?

B.- J’ai été surtout influencé par des blogueurs américains, notamment Pat Flint de smartpassiveincome.com, mais aussi par Seth Godin et par James Altucher.

Q.- C’est avec eux que tu as compris que les compétences techniques ne suffisaient pas ?

B. – Je crois plutôt que j’ai compris cela d’un coup après avoir essayé différentes choses pendant trois ans. Puis, j’ai décidé de partir, de quitter mon job et de vendre mes affaires.

 Q. – Lorsque tu es parti, tu avais des économies ou une source de revenu à côté ?

B.- Je suis parti avec mes économies. J’avais zéro revenu à ce moment-là. Je ne savais pas du tout ce que ça allait donner. Il me fallait une pause. Une nouvelle perspective. Je n’ai même pas cherché à créer ma boîte à ce moment-là. Pendant deux ou trois mois, j’ai réfléchi à ma vie et à ce que j’allais faire professionnellement. J’ai voyagé. J’ai fait la fête. J’ai beaucoup lu. Sans être particulièrement productif. C’est plus tard que j’ai réalisé que oui, je veux rentrer et faire quelque chose. Rentrer ou pas rentrer d’ailleurs, mais j’ai envie de faire quelque chose professionnellement.

Q. – Et alors, que s’est-il passé ?

B.- Après cinq mois, je me suis dit que j’avais bien profité. J’avais envie de faire plus que ça mais aussi de me poser à quelque part. J’ai pris un vol pour Medellin en Colombie. C’est un hub avec beaucoup de nomades digitaux. Je n’en savais pas vraiment davantage. J’en avais entendu parler à travers des blogs, des podcasts et quelques personnes que j’avais rencontrées.

Q.- Tu débarques à Medellin, et comment c’est là-bas ?

B.- C’est drôle parce qu’à ce moment-là, je n’avais pas les réflexes d’un nomade digital. Je savais qu’il y en avait dans les coffee shops par exemple. Quand je suis arrivé là-bas, j’ai loué un appartement d’abord seul. Au début, je bossais dans des coffee shops et à la bibliothèque gratuite de l’université publique. Or, elle a fermé pendant un mois. Je me suis mis à chercher un coworking. C’est comme ça que j’ai commencé à rencontrer des gens.

 Q.- Quel type de nomade digital rencontre-t-on à Medellin ?

B.- Je crois que ce qui caractérise Medellin, c’est surtout un vrai mélange entre les locaux et les nomades.

Q.- Comment as-tu eu l’idée de développer ton business ?

B.- J’ai noté mes idées chaque jour. Petit à petit, je suis venu avec quelques idées. Celle qui a le mieux marché que les autres, c’était d’aider les PME locales à mieux se faire connaître.

 Q.- Quel type de PME ?

B.- Des plombiers, des bouchers par exemple. Je les aide à améliorer leur visibilité et leur connexion avec les gens locaux. Autrement dit, jutilise les nouveaux moyens pour aider les entreprises traditionnelles à mieux se vendre. Je suis parti sur ce projet-là. J’ai écrit une page de vente que j’ai proposée à une cinquantaine de PME de la région neuchâteloise. J’ai sondé leur intérêt en me disant que si je trouvais un certain nombre de personnes intéressées, je me lancerai. Et 30 personnes ont manifesté leur intérêt. C’était aux alentours de janvier. J’ai commencé à développer le produit.

Q. -Tu as développé le produit depuis l’étranger ?

B.- Oui. Cela dit, c’est tout de même plus difficile, surtout avec des interlocuteurs qui ne sont pas habitués au contact en ligne. Il me manquait le face à face avec eux, notamment pour gagner la confiance. C’est pour cela que j’ai décidé de rentrer en Suisse. Pour faire de la vente. Je vois pas mal de client et à priori à partir d’octobre, je pourrai repartir et voyager, en tout cas à mi-temps.

Q. – L’idée, c’est de développer aussi les contacts humains ?

B.- Oui, je ne cherche pas absolument à être 100% digital. En fait, l’idée que j’ai eue est vraiment liée à mon expérience. Je viens moi aussi d’un petit village et je connais très bien cette dynamique des petites localités. Je connais très bien les PME.

Q. -Tu travailles en tant qu’indépendant ou tu as créé ton entreprise ?

B.- Créer mon entreprise c’est précisément mon objectif personnel. Je veux créer un business qui nest pas lié à ma personne (comme ce serait le cas pour un indépendant), mais plutôt à mes idées. En attendant, je fais quelques missions de freelance mais l’idée à terme, c’est d’avoir une entreprise. C’est plus facile à gérer, si par exemple je souhaite partir voyager pendant trois semaines.

 Q.- Et les missions de freelance que tu fais actuellement, c’est dans quel domaine ?

B.- Dans le marketing, dans la stratégie marketing digitale pour les PME. Elles ont tout intérêt à être en ligne. Pour la première fois de l’histoire, elles ont les mêmes outils que les grandes boîtes quasiment: la grande pub – la pub traditionnelle – ça ne marche presque plus. Il ne s’agit pas non plus de leur proposer ce dont ils n’ont pas besoin. Un boucher n’a pas besoin d’être un blogueur et d’avoir un compte Instagram. Je les aide à acquérir de bonnes pratiques, à demander des témoignages et à faire un peu de systématique.

Q.-Tu as participé à la Nomad Cruise, comment en as-tu entendu parler ?

B.- Grâce aux nomades que j’ai rencontrés entre janvier et mars à Medellin. Toutes les deux à trois semaines, il y avait un événement « officiel ». Et puis, à un moment donné, beaucoup de personnes sont arrivées dans la ville avec la « Nomad Cruise ».

Q.- Peux-tu nous parler en deux mots de la Nomad Cruise ?

B.- C’est une communauté de nomades. Elle a été créée par un blogueur et entrepreneur allemand, Johannes Voelkner (www.webworktravel.com). Il avait aussi un important groupe Facebook et a eu l’idée de réunir cette communauté sur une des croisières de repositionnement. Au final, ils étaient 60 à acheter un billet pour participer à ce type de croisière, entre l’Europe et l’Amérique du Sud. La saison suivante, ils ont contacté l’armateur pour en faire un concept officiel et réserver environ 150 places. C’est devenu la « Nomad Cruise ».

 Q.- Quelles sont les activités organisées à bord de cette croisière nomade ? Qui y participe ?

B.- Des présentations, des masterminds ou des cours spécifiques sont organisés. Il y a vraiment des gens de tous horizons : des écrivains, des experts en marketing, des photographes. Les participants sont des entrepreneurs, des indépendants, des employés travaillant en télétravail… des gens expérimentés ou des personnes en transition. C’est une communauté géniale. On est entourés de gens qui ont les mêmes idées que nous, qui ont lu les mêmes livres ou se sont posés les mêmes questions. On a toujours des sujets de discussion. On a un peu le même chemin de vie. C’est l’entourage qu’il nous faut.

Q.- Et toi, personnellement, qu’est-ce que ça t’a apporté ?

B.- Beaucoup de sources dinspiration. J’ai rencontré des gens absolument incroyables. Cela m’a incité à faire moins pour moi mais plus pour les autres. J’ai rencontré des social entrepreneurs, et notamment une fille, Stella, qui a créé une entreprise de fabrication de bijoux avec des veuves ougandaises (22stars.com). Elle peut en vivre, les femmes ougandaises aussi. À côté de cela, elle a créé une fondation pour l’éducation des enfants. C’est vraiment une incorybles souce d’inspiration. J’ai aussi amélioré mes compétences dans tout ce qui est médias sociaux. Tout l’aspect développement personnel m’a aussi énormément marqué. On s’est vite retrouvé avec un groupe de cinq à six personnes dans le même état d’esprit. Aujourd’hui encore, on fait régulièrement des séances de mastermind. C’est un formidable soutien pour vivre autrement. Pour moi, avoir le bon entourage est essentiel.

Q.- Peux-tu nous expliquer en quelques mots ce qu’est un mastermind ?

B.- Dans mon cas, on s’appelle une fois par semaine avec les cinq personnes rencontrées sur la Nomad Cruise. On commence par faire le point sur les objectifs de la semaine. Ensuite, on se focalise sur une personne, sur sa problématique. Chacun propose ses idées. C’est d’autant plus puissant qu’on a tous des business différents.

 Q.- À qui conseillerais-tu la Nomad Cruise ? À des nomades confirmés, des aspirants nomades ?

B.- Je pense que tout le monde peut le faire. On découvre plein de possibilités auxquelles on n’avait pas pensé. Il y a des choses vraiment étonnantes. Par exemple, j’ai rencontré un conseiller fiscal américain. Il était en train de se spécialiser dans le conseil fiscal pour les nomades digitaux basés sur sol américain. Il voyageait avec sa femme et leur petite fille.

Q.-Y avait-il des Suisses à bord ?

B.- Oui, mais pas des nomades. Des personnes qui n’avaient pas encore franchi le pas. Je n’ai pas rencontré beaucoup de Suisses alors qu’avec les tarifs que nous pouvons facturer en Suisse, il nous faut moins de clients que d’autres pour se lancer.

 Q.-Après toutes ces expériences, comment s’est passé le retour en Suisse ?

B.- Bien, car je reviens avec des projets et pas pour reprendre la vie que j’avais avant. Il me manque juste l’entourage de nomades. Mes amis sont formidables et me soutiennent. Mais ce n’est pas le même type de soutien sur le plan professionnel. Cette forme de solitude, c’est un peu le challenge.

Q.- As-tu encore un appartement en Suisse ?

B.- Non, au moment de partir. J’ai tout vendu. Je me suis débarrassé de toutes mes possessions. Je suis parti avec un sac à dos. Tout ce que j’ai conservé en Suisse, c’est ma paire de skis. Maintenant, j’habite chez un ami pour quelques mois. À l’avenir, je ne sais pas encore. Peut-être des chambres meublées ou des collocations.

Q.-Comment organises-tu ton logement ?

B.- En Colombie, j’ai cherché sur Facebook. J’ai trouvé des groupes de location de chambres. J’ai vécu en colocation avec des étudiants colombiens pendant cinq mois. C’était important pour moi de m’intégrer et de vivre avec des Colombiens.

Q.- Quelle est la prochaine étape pour toi ?

B.- Continuer à voir mes clients et à développer mon offre, jusqu’à fin septembre. Ensuite, je vais retrouver mes amis du mastermind à Munich, pour l’Oktoberfest. Ensuite, d’octobre à Noël, on va choisir une destination. On est deux ou trois à vouloir louer un appartement en Europe – à Lisbonne, à la Grande Canarie ou une ville espagnole comme Valence  ou peut-être en Égypte, à Dahab. Mon idée est d’être nomade à mi-temps en gardant une base en Suisse, à Neuchâtel.

Q.-Si tu avais trois conseils à donner à quelqu’un qui voudrait devenir nomade digital ?

B.- Réfléchis à ce dont tu as vraiment besoin, matériellement. Ça rejoint la mode du minimalisme. Habitue-toi à vivre avec moins de choses. Et puis, fais-le ! Lance-toi ! Fixe-toi une date à laquelle tu quitteras ton job ou tu partiras voyager. Il me semble que l’être humain, devant le fait accompli, devient créatif et trouve des solutions. De toute façon, on est en Suisse. On a beaucoup de travail ici. Même si tu te plantes et tu reviens sans le sous, ça va aller. Enfin, rejoins des communautés de nomades digitaux, par exemple en ligne ou à Genève, ta communauté*. C’est la même chose si tu veux devenir entrepreneur, entoure-toi de gens qui sont dans le même état d’esprit que toi.

* Meetups organisés en été à Genève: https://www.meetup.com/fr-FR/Digital-Nomads-in-Geneva/?_cookie-check=9Pkw2Jt8HlEylNvc

Groupe FB « Digital Nomads Suisse »

 

 

 

 

 

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Questions en bref:

Des sources d’inspiration ?

Le podcast Tropical MBA. C’est plein d’idées d’entreprises. Très positif. La semaine de quatre heures de Tim Ferriss. Très romancé, mais cela permet de changer d’état d’esprit.

Un objet sans lequel tu ne pars jamais?

Mon Kindle. Je lis énormément. Des habits de ville. Je ne m’habille pas en backpacker aux Caraïbes comme certains (rires). Mon journal papier. J’écris tous les jours!

Si tu n’étais pas nomade, que serais-tu?

B.- Je serais en tous les cas entrepreneur. Ce challenge m’intéresse énormément.

Un dicton, une citation?

 Tout est dans la tête ! Ce qui compte c’est l’état d’esprit.

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