Rencontres avec les nomades digitaux suisses

Gabrielle: nomade et créatrice d’e-commerces durables

 

« Créativité, curiosité et débrouille »

 

 

Pour cette troisième interview de nomades digitaux suisses, je vous présente Gabrielle, la créatrice du Green Condom Club et aussi kitesurfeuse. On s’est rencontrées à l’un des mes meetups à Genève. Je m’étais promis de l’interviewer. C’est chose faite! J’ai adoré bavarder avec elle. Elle est l’une des incarnations parmi d’autres qu’une autre vie est possible (voire, que TOUT est possible).  

 

Interview par auxbonheursnomades

 

 

 Q. – 1.      Depuis où réponds-tu à cet interview ? 

G.- Depuis ma «maison», à Genève!

 Q. – Où étais-tu avant?

G.- Au Cap Vert, à Sal. Pendant environ un mois.

 Q.- Depuis quand es-tu nomade digital?

G.- Depuis le printemps 2015.

Q.- Quand as-tu eu le déclic?

G.-Bien avant, en fait en 2008. Je suis allée à un événement organisé aux Pays-Bas par ESTIEM (European Students of Industrial Engineering and Management)J’étais hébergée avec une copine chez l’un des organisateurs de l’événement. Finalement, une grippe m’a clouée au lit et je n’ai pas pu aller à l’événement. Par contre, je suis tombée sur La semaine de quatre heures de Tim Ferriss. Et je l’ai lu. Je me suis dit: «C’est incroyable! Je vais faire ça quand je serai grande…!». J’ai adoré l’idée de pouvoir travailler où bon me semblait. Je n’avais pas encore de projet précis à ce moment-là, mais ça m’a ouvert le champ des possibles

Q. – Et à partir de là?

G.- J’ai fait un Bachelor en génie chimique à l’ETHZ et un Master en management technologie et économie. J’ai travaillé dans le développement durable chez Toyota Europe à Bruxelles et au QG Europe de DuPont à Genève. Ces expériences m’ont beaucoup apporté. J’ai énormément appris. En même temps, j’ai ressenti le besoin d’aller au-delà de l’exécution des tâches et de mener mon propre projet. C’est alors que j’ai développé un projet d’e-commerce. J’ai ressorti le bouquin de Tim Ferriss, et je m’en suis inspirée pour développer un produit qui soit en ligne avec le développement durable et les valeurs qui comptent pour moi. J’ai fait une liste de critères auxquels le futur business devait répondre. Le résultat? Un e-commerce de couches durables: www.sustainabum.com

 

 

Q.- Comment développe-t-on un e-commerce ?

G.- On utiliser Google, tout simplement! On tappe ce que l’on veut apprendre dans le champ «recherche» (par exemple, «comment lancer un e-commerce»). Ensuite, on se forme en autodidacte. J’ai utilisé les compétences acquises lors de mes études: structurer l’information pour comprendre un domaine nouveau. Après il faut se lancer et ne pas hésiter à essuyer les plâtres. J’ai appris à prendre mes propres décisions et à en assumer les conséquences.

Q.- Aujourd’hui, quelle activité te permet d’être nomade digitale?

G.- J’ai lancé, il y a deux ans, le Green Condom Club: je vends en ligne des préservatifs végans selon un système d’abonnement. L’idée est partie sur une blague entre amis. Mais, en faisant des recherches, j’ai constaté qu’il y avait très peu de transparence dans la composition des préservatifs. J’ai fait un rapide sondage dans mon réseau (sur Facebook surtout) pour voir si l’idée pouvait intéresser des gens. J’ai reçu 250 réponses positives. C’était en septembre 2015. J’ai donc contacté des fabricants de préservatifs végans (c’est facile, il y en a peu) dans l’idée de distribuer leurs produits en ligne. Mon choix s’est porté sur une marque australienne. Dans la foulée, j’ai fixé la date du lancement au 1er décembre (Journée mondiale de lutte contre le SIDA). J’ai opté pour une formule de vente sur abonnement, qui permet au client d’avoir facilement accès à un produit de niche, et ce en toute discrétion. Pour promouvoir l’idée, j’ai envoyé des e-mails à la presse et à des adresses «récupérées» sur des blogs pour adultes on va dire et des sites de cuisine végane. J’y suis allée au culot. Je leur ai dit: «Moi, je propose ce produit; on livre partout dans le monde. C’est cool. Vous êtes intéressés?»

 

Q. – Tu as commencé par distribuer des préservatifs végans de cette marque australienne. Mais comment as-tu fini par créer ta propre marque?

G.- En septembre 2016, j’ai contacté une association française, Génération Cobayes. Je leur ai dit: «Vous avez les 7 commandements de l’éco-orgasme. Moi, j’ai les préservatifs végans». Par la suite, plusieurs organisations m’ont contactée. Une région française notamment voulait distribuer des préservatifs végans sur tout son territoire. Munie d’un tableau Excel, j’ai fait quelques calculs, et je me suis rendu compte que ça valait la peine de lancer mon propre produit. J’ai emprunté de l’argent, fait des recherches sur le Net pour trouver les fabricants de préservatifs. Je les ai contactés et fait le tri parmi ceux qui acceptaient de faire une formule végane et d’être transparents sur la composition. Après une visite à l’usine,  j’ai donné le OK pour la production. Ensuite, il a fallu s’occuper de tout le côté graphisme et emballages. J’avais mésestimé le temps nécessaire à cette étape et les contraintes de temps des uns et des autres. Ce fut la course, mais finalement le gros du lancement a pu se faire en mai 2017.

 

 

Q. – Et à côté de cela tu as une activité à temps partiel?

G.- Oui, je m’occupe de la communication et de la rédaction de contenus pour elium, une start-up spécialisée dans le knowledge management (domaine dans lequel je travaillais aussi pour DuPont). Un ami qui y travaille m’a proposé le poste. A la base, c’était pour reprendre une partie des tâches d’une collaboratrice en congé maternité. Puis, je suis restée, et le poste a évolué. Mais une chose était claire dès le début: je travaillerai à distance.

Q. – Comment se font les contacts avec tes collègues, clients, fournisseurs, etc.?

 G.- Cela dépend. Par chat, Skype, sms ou e-mail. Je trouve aussi important de garder le contact de personne à personne. C’est pour cela que je me rends régulièrement à Bruxelles pour voir mes collègues d’elium. Je ne dis pas que c’est impossible de tout faire par e-mail, par exemple. Mais le contact «en vrai» donne une autre profondeur aux relations.

Q. – Quels conseils donnerais-tu aux personnes qui veulent faire pareil?

G.- Tout dépend des circonstances de chacun. C’est clair que si on a un enfant ou un poste ne pouvant pas s’exercer à distance, c’est plus délicat (et encore, si on est prof de yoga, on peut se déplacer ;-)!). Si on est employé, on peut par exemple proposer à son chef de faire un test: je travaille à distance pendant une semaine, et tu regardes en quoi cela change quelque chose ou pas*. Au niveau psychologique, je pense qu’il faut être prêt à gérer une certaine dose d’inconfort. On se lance dans quelque chose de nouveau. On ne sait pas toujours ce qu’on fait exactement. On ne sait pas toujours où l’on va exactement. Il faut l’accepter. Cela fait partie de la vie. Et ça fait beaucoup d’anecdotes rigolotes à raconter dans les interviews! Au fond, on ne risque pas grand-chose.

Q.- Tu as gardé une base à Genève. Pour quelle raison?

G.- J’aime bien avoir un espace qui est chez moi. J’adore voyager mais j’adore aussi revenir chez moi. Ma famille et mes amis sont en Suisse romande. Ces relations sont importantes pour moi, et je les maintiens. Ce qui compte pour moi, c’est de savoir que je peux être nomade si je le veux. Je ne suis pas coincée ici :-).

 

 

 

*Pour inspiration: Tips for Asking your Boss if You Can Work from Home (note d’AuxBonheursNomades)

 

 

1 Commentaire

  1. Thomas

    Ahahahahahah, elle donne envie cette interviws, un jour moi aussi je serai grand et je serai Digital Nomad 🙂

    Réponse

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Questions en bref:

Ton itinéraire ces 12 derniers mois?

Février: Chine
Mars: Bali
En été: Serbie, Belgique et France
Septembre: Botswana / Genève
Novembre-décembre: Cap vert / Genève

Où t’installes-tu pour travailler?

A Genève, chez moi. Mais un coworking, ce serait bien aussi, pour voir des gens. Les bibliothèques universitaires sont aussi une bonne option, à l’étranger notamment. Sinon, parfois dans des cafés. Tout dépend des tâches à accomplir et de l’offre !

Un outil nomade en particulier?

Le mifi, qui génère un réseau wi-fi à partir de n’importe carte SIM (par exemple du pays étranger concerné). On peut l’utiliser pour plusieurs appareils à la fois. Sinon, je viens de découvrir le bullet journal, et j’adore!

Un dicton, une citation?

« Be the change you want to see in the world »

« Just do it ! »

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